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ARTour
ARTour 2013

Métamorphoses


En 2013, ARTour s’est choisi pour thème les Métamorphoses : les transformations d'un élément ou d'un être en un élément ou un être différent. Une option inspirée par les collections du Musée International du Carnaval et du Masque de Binche inscrit cette année dans le parcours de la biennale.
Objet exceptionnel de métamorphose, le masque appartient au domaine du paraître, il montre plus qu’il ne dissimule. En transformant son image, l’homme masqué devient l’autre, l’animal, le dieu, la mort ou la fête. Dans un registre proche ou complémentaire, le corps habillé se modifie, couvert de dentelles ou de peaux de bêtes ; le travestissement révèle les possibles de l’apparence, l’ambigüité de l’être, il forme - ou déforme - l’identité.

Des tentatives d’explication du monde, des légendes grecques aux mondes digitaux, des innombrables transformations des dieux de la mythologie aux avatars numériques, le thème des métamorphoses traverse les époques et les civilisations. Métamorphose initiatique, psychologique, physique, de l’œuf à l’imago, de l’homme Samsa au cafard, du végétal au plastique et cetera.

L’ampleur du sujet commande de limiter les points de vue, les approches, à quelques aspects. Masques ou accoutrements, allusions mythologiques, allégories, formes en devenir ou figures hybrides composent les différentes expositions dont le fil rouge évoque la transformation ou les étapes de la modification d’un état, les phases d’un devenir, avec un accent particulier mis sur le rapport entre la figure humaine et le monde animal.

La mythologie grecque et son foisonnement d’êtres fabuleux inspirent les artistes depuis des siècles. Aujourd’hui encore, même si les dieux ont perdu, au fil du temps, quelques plumes, crins ou écailles, justement récupérés par des créateurs contemporains pour inventer de nouvelles figures, de nouvelles formes.

Si nous savons depuis peu, avec certitude, que les sirènes n’existent pas, ni les zombies d’ailleurs (voir le communiqué émis le 4 juillet 2012 par le National Ocean Service, agence du Gouvernement des Etats-Unis chargée des réponses aux changements climatiques et aux risques naturels), le monde digital se peuple, pourtant, d’humanoïdes plus réalistes que nature, mutants parés de griffes ou d’ailes… En attente d’évoluer dans un environnement fusionnant codes génétique et digital ?

Prenant racine dans la mythologie et la religion, l’imagerie des métamorphoses se développe à l’envi dans les contes surnaturels, les récits merveilleux, la science-fiction, le cinéma fantastique. Du loup au rocher, du crapaud au prince, de l’homme à l’âne, du clone au cyborg, de la belle à la bête à l’homme ou inversement; les transformations se combinent à l’infini, tous mouvements, toutes formes qui tendent vers un improbable possible.

PHOTOGRAHIES : ALAIN BREYER

Musée Ianchelevici, La Louvière

HYBRIDATION

Armelle Blary (F) - Gaetano K Bodanza (I) - Berlinde De Bruyckère (B) - Oleg Dou (RUS) - Jan Fabre (B) - Sofi van Saltbommel (B)

Cette exposition aborde la notion de métamorphose par le prisme du clonage, de la mutation et de l’hybridation des corps à travers le travail de plusieurs artistes belges et étrangers : Gaetano K. Bodanza (I), Berlinde de Bruyckère (B), Oleg Dou (RUS), Jan Fabre (B), Sofi van Saltbommel (B).

Loin du goût pour le merveilleux qu’engendre la métamorphose dans la mythologie (Armelle Blary, Jan Fabre, Sofi van Saltbommel), l’idée de mutation génétique obsède nos sociétés contemporaines. Elle est devenue un désir et parfois un pouvoir humain, à la fois fascinant et effrayant, avec ses perspectives vertigineuses et ses dérives possibles… Échappatoire au mal-être (Berlinde de Bruyckère), accès au Moi idéal, peur de l’altérité, la transformation psychique ou corporelle radicale offrirait la possibilité de muer l’être ou de le dupliquer (Gaetano K. Bodanza). Plusieurs médiums sont convoqués pour parcourir la thématique : traitement d’images numériques, morphing, céramiques, sculptures, installations.

Photographie d'Alain Breyer

Centre Daily-Bul & C°, La Louvière

LES MéTAMORCHOSES

Collectif ARCOPORI /// Bernard Josse - Vincent Taforeau - Alexandre Lavallée

Dans le jardin classé de la maison du Centre Daily-Bul & C° se trouve un abri souterrain en métal datant de la Seconde Guerre mondiale. L’intervention d’ARCOPORI prend appui sur ce patrimoine anecdotique pour faire le rapport entre deux notions de conservation : Conservation physique et Conservation immatérielle (archives littéraires du Centre Daily-Bul & C°).
Au passé du patrimoine, le regard vers l’avenir de la langue et des lettres, des mots mis en culture sous terreau.

Sémantique. Semer, mettre en terre, mettre en sens, vrai semblant à faux semblant.

Neuf cents armatures de fer à béton cintrées et formant une chrysalide de 9 mètres de long dans laquelle se trouvent des petites installations en rapport avec le livre et l’écrit.

Une seconde installation prenait place dans l’abri en métal situé au fond du jardin.

L’ensemble de l’exposition était ponctué d’aphorismes et petits textes rédigés pour l’occasion.



Keramis / Musée royal de Mariemont

sculptures 

Clémence Van Lunen

Le Musée royal de Mariemont participe à ARTour sans interruption depuis 1997, et propose au public des interventions de très grande qualité.

Le plus souvent, le Musée a cherché à instaurer un dialogue entre les œuvres des artistes invités et celles de ses collections permanentes. La céramique, mode d’expression plastique universel traversant l’histoire et les cultures, a le plus souvent constitué la toile de fond de ces rapprochements. Ces dernières années, la céramique et Mariemont ont donné sérieusement rendez-vous à ARTour avec Johan Creten (2007), Bean Finneran (2011) et cette année, Clémence van Lunen.

Les œuvres en céramique de Clémence van Lunen créent un lien avec les collections asiatiques du musée. Les nombreux séjours en Chine de l’artiste lui ont permis de saisir une sorte de climax qui habite l’art et la culture de ce pays. Elle opère une synthèse esthétique - et davantage une contraction sémantique et formelle qu’une métamorphose en tant que telle - entre l’art contemporain européen et les arts et traditions du pays. Deux céramiques chinoises des collections de Mariemont sont rapprochées des œuvres exposées, elles nous placent face à l’évidence : l’une comme l’autre évoquent un paysage chinois que Clémence matérialise dans ses sculptures monumentales. Par ailleurs, en montrant trois fleurs de sa série Wicked Flowers, Clémence est intimement proche du cadre naturel somptueux qui donne son écrin au musée.



Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, La Louvière

HéLIO… GRAVURES /// Impressions de l'atelier de gravure de Moutier (Suisse)

Jacques Bélat - Alexandre Voisard - Romain Crelier - Pascal Danz - Charles- François Duplain - Béatrice Gysin - Arno Hassler - Katrin Hotz - Cécile Hummel - Daniela Keiser - Wolfgang Laib - Max Matter - Hiromi Miyamoto - Jean-René Moeschler - Claudio Moser - Markus Raetz - Reto Rogassi - Julia Steiner - Monika Studer - Christoph Van den Berg - Cécile Wick - Uwe Wittwer - Véronique Zussau.

La métamorphose s’inscrit au cœur des phases complexes de transfert qui caractérisent l’héliogravure. À sa source, pas d’intervention directe de l’artiste sur une matrice - au contraire des autres procédés de gravure - mais une image photographique préexistante ou des éléments soumis à une lumière projetée sur du papier gélatiné photosensible. Ces éléments - comme dans un photogramme - sont placés au-dessus du papier gélatiné; leurs ombres formeront l’image lors de l’insolation.

Ainsi, la première phase de l’héliogravure est déjà dominée par le transfert - projection d’image ou d’ombre, générée par la lumière. Un second transfert suit, de la feuille gélatinée sur une plaque de métal grainée, comme dans l’aquatinte. Lors de l’acidulation, la plaque est mordue différemment selon les zones d’ombres et de lumière. Grâce à cette morsure dans laquelle l’encre va se loger, l’image héliogravée, sœur de la photographie, prend un relief inédit apprécié par les artistes pour sa présence picturale. De plus, les mélanges, les nuances subtiles de teintes, la variété des noirs et le velouté issu du grainage de la plaque métamorphosent l’image source, loin des échelles limitées du développement industriel en photographie.



Château Gilson, La Louvière

RéSIDENCES SECONDAIRES

Fred Penelle

Au carrefour de la gravure et de l’installation, il y a une déviation vers le jardin des curiosités. C’est là que Frédéric Penelle nous attend, au tournant de son bestiaire polymorphe et de ses friandises militaires. Sa cruelle fantaisie court sur les murs, fait grincer les portes et la Nature elle-même se repent de ses anomalies.

Pourtant on se perd avec plaisir dans cet univers ludique où l’espace est apprivoisé comme un terrain de jeu, un champ de bataille.



Maison du Tourisme, La Louvière

MéTAMORPHOSE INCOMPLèTE

Charlotte Lybeer - Renato Abreu - Ria Pacquée - Vincent Fournier

Outlandish, plateforme ouverte aux photographes (www.outlandish-photo.be), présente une exposition qui réunit quatre générations d’artistes qui traitent dans des séries d’images le sujet de la modification de l’apparence de l’homme et de son environnement.

Dans les séries proposées, réalité et fiction se confrontent dans différentes approches du thème de la métamorphose.

À travers ces portraits, des questions philosophiques se posent : parcours de vie tracé et imprévus, résignation et protestation, activité et passivité, etc.



Gare de La Louvière centre, La Louvière

LE BUFFET

Aurélien Dendoncker

Les temps se métamorphosent. Aujourd’hui, il n’y a plus d’eau, plus de fumée et d’hommes au labeur qui s’agitent dans ce quartier de La Louvière. Le buffet de la gare, lieu de détente où ils aimaient prendre un verre entre deux voyages, est vidé de son activité.

Ce territoire est devenu un no man’s land à perte de vue d’où surgissent de nouvelles constructions qui promettent un possible renouveau. Les badauds n’y font plus que passer. Ils laissent le souvenir se perdre sous l’asphalte dans l’espoir, un jour, de pousser, face à l’étiolement, leur cri de soulagement.

Aurélien Dendoncker (Mouscron, 1981), jeune plasticien diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, propose au travers de son installation artistique de vivre une dernière fois l’effervescence de ce passé glorieux. Pour donner une nouvelle image au buffet, il s’est inspiré spontanément de ce vécu.

Sur les parois et sur les vitres de la taverne, la faune et la flore oubliées de l’ancien embranchement du Canal du Centre grouillent, bien déterminées à réinvestir le site. Une manière de réveiller l’histoire et de lui permettre de reprendre le dessus, à une époque où l’industrie louviéroise s’estompe.

Pour l’artiste, le recouvrement du cours d’eau est une forme métaphorique de cette disparition qu’il propose aujourd’hui de mettre à découvert. A présent, subsiste dans la salle une étrange sensation de voir remonter à la surface cette rivière avec tout son écosystème, sa vie industrielle, ses émanations et l’exhalation de ses hommes. Une nostalgie contemporaine de ce temps que nous a dépeint Ernest Hossche en 1964.

Le travail d’Aurélien Dendoncker s’exécute dans la frénésie d’un artiste urbain. Bandes adhésives, peinture au pochoir relevée de dessins au crayon noir transforment l’espace public en un lieu domestique couvert d’une tapisserie luxuriante. Il faut s’en approcher, contempler par les ouvertures, pour voir l’espace basculer dans une atmosphère plus mélancolique.

Le Buffet, espace vitré sur plusieurs de ses façades, se transforme en un vivarium à taille humaine dans lequel le plasticien s’adonne à la culture de ce passé en tentant d’y reconstituer son milieu naturel.

Adèle Santocono



Espace à Voir, La Louvière

LE LOUP-GAROU EST UN HOMME COMME TOUT LE MONDE. IL PEUT FAIRE DE LA BALANçOIRE, DES CUMULETS, JOUER AU FOOTBALL, TOMBER à LA RENVERSE ET EN RIRE.

Claire Kirkpatrick

Dans le cadre de la Biennale ARTour, l’artiste revisite une iconographie jusque-là bien sage : les affiches et tableaux qui, jadis, ornaient les classes de nos écoles primaires et les salons de nos grands-mères. Sur les toiles réinvesties par le pinceau de Claire Kirkpatrick - à première vue d’innocentes scènes pastorales - le loup ne fait probablement que revêtir l’habit du berger. Car derrière la figure du Bon Pasteur, sensible au sort de la brebis égarée, il faut peut-être entrevoir celle, beaucoup moins bienveillante, du prédateur attiré par sa proie. À y regarder de plus près, les braves « petits loups » qui s’ébattent dans la cour de récréation sont-ils véritablement « à croquer » ? Jouant sans cesse avec nos codes et représentations, nos références culturelles ou simplement notre quotidien, l’artiste réinterprète également de façon impertinente et jubilatoire le conte du Petit Chaperon rouge, infect personnage dont l’homme-loup aurait mieux fait de se méfier.

Au-delà d’un second degré salutaire, le travail de Claire Kirkpatrick pose des questions pertinentes car dérangeantes, interrogeant et ébranlant au passage nos certitudes les mieux ancrées. Car derrière le loup, c’est avant tout chacun de nous qu’elle peint sur le vif, avec notre part d’ombre et en pleine lumière. Avec l’homme-loup, le Bien n’a jamais été aussi proche du Mal; nature et culture s’unissent pour le meilleur et, aussi, pour le pire...

Benoît Goffin



Ecomusée du Bois-du-Luc, Houdeng-Aimeries

SECONDE, PAPILLON !

Sylvie Pichrist

Sylvie Pichrist pratique l’art de la performance. Par des moyens minutieusement choisis, elle crée des univers poétiques et des situations envoûtantes où le spectateur peut se laisser aller, comme dans un endroit familier. Toutefois, la beauté rassurante de l’environnement créé, et la simplicité de la situation jouée, font vite place à une tension sourde. Dans le trompe-l’œil d’une mise en scène méticuleuse, Sylvie Pichrist s’engage physiquement dans des actions dont l’issue est incertaine. C’est sur le fil qu’elle se place, défiant l’équilibre et nous entrainant avec elle. L’onirisme joyeux se juxtapose au mauvais rêve et le spectateur retient son souffle en attendant une chute, toujours imminente, et toujours contenue. Une fois l’action passée, Sylvie Pichrist relie les débris et témoignages de ses performances, les réutilise et les magnifie, dans des mises en abymes qui explorent les tréfonds de la matrice dont ils sont issus. Son travail artistique rencontre et épouse donc parfaitement le thème de la biennale 2013.

Sylvie Pichrist investit l’Écomusée dans lequel elle nous donne à voir une nouvelle performance et confronte nos regards à ses déclinaisons. Dans cette interface entre les entrailles de la terre et l’air libre, entre le noir et la lumière, entre le charbon et la fumée, Sylvie Pichrist a choisi de rejouer la transformation de la chenille en papillon. Elle nous invite à vivre ce moment unique, ce moment fragile et incertain où tout se joue. Comme le cocon délaissé témoigne de la métamorphose qui y a eu lieu, Sylvie Pichrist laisse le spectateur face à une installation vidéo, reliquat tangible de la performance qu’elle a réalisée sur place. Par des jeux de miroirs, elle fait entrer le spectateur dans les strates de son univers, et piège son esprit dans les mailles d’un tulle, entre matière et vide, entre noir et lumière, entre captivité et liberté... Au pays des merveilles, par l’expérience simple et magique du papillon, le spectateur ressort transformé !

Frédéric Rolland



Ascenseur funiculaire, Strépy-Thieu

OFFSPRING 

Bobvan

Explorateur d’un imaginaire balisé par les métaphores de la science et de la sciencefiction, Bob Vanderbob a.k.a Bobvan (Be) développe un univers sonore, visuel et conceptuel qu’il appelle Artificial Mythology, une « tentative de catalyse d’une mythologie dans le contexte de l’accélération technologique actuelle ».

Dans le cadre de son projet Artificial Mythology, Bobvan nous invite à partager son univers de science-fiction poétique. En passant un immense portail métallique, nous pénétrons dans les entrailles d’une machinerie industrielle et cosmique. Des galaxies en rotation se reflètent dans l’eau d’un lac étrange où des bébés-cyborgs, progéniture artificielle, nous renvoient à nous-mêmes et à notre devenir. Au rythme du passage des bateaux dans l’ascenseur, des masques d’ancêtres surgissent du fond des âges. Présent, passé et futur se fondent en une expérience onirique et totale.



Collégiale Saint-Vincent, Soignies

FANTASTIQUES BESTIAIRES / BESTIAIRES FANTASTIQUES

John Bulteel - Alain Regnier - Giani Cestari - Jacques Iezzi - Elèves de l’APLL.
Pièces des collections de la collégiale.

L’immense répertoire des animaux et des monstres composites du bestiaire chrétien étonne. Beaucoup de ces figures, dont le sens initial est peu connu, dérivent de traditions antiques et/ou leur sont empruntées pour leur valeur ornementale, exotique, pittoresque.

L’inventivité formelle, la fantaisie qui s’y manifestent "doublent" leur signification religieuse. Ces représentations de la faune réelle ou imaginaire relèvent d’un goût pour le merveilleux, autant que de la nécessité d’une pédagogie des textes sacrés.

Tantôt bénéfiques, tantôt "mal famés", les animaux révèlent la proximité du règne animal et de l’espèce humaine. Leurs images se nourrissent du même instinct vital que leurs interprètes illustrateurs et conteurs d’aujourd’hui.

Jean Pierre Denefve


Alain Regnier - Giani Cestari - Jacques Iezzi

Travail de gravure et de typographie à trois mains autour du bestiaire de l’art roman.
Douze animaux sont présentés comme des découvertes archéologiques qui auraient pu appartenir au bestiaire de l’art roman et qui auraient été en quelque sorte oubliées par les historiens.

Édition de douze planches représentant les animaux et un texte expliquant leur histoire.
L’ensemble est accompagné de douze sculptures sous la forme de fossiles attestant de l’existence de ces douze animaux ainsi que des douze matrices ayant servi à l’impression des estampes.

Illustrations de Dominique Maes et Alain Regnier. Sculptures de Pierre Larivière. Gravures exécutées par Alain Regnier. Textes écrits par les trois intervenants.


John Bulteel

Mythes et légendes font depuis toujours partie des sources d’inspiration de John Bulteel qui sait que
l’identification de l’homme et de la bête remonte aux plus lointaines origines, nourrissant les fables d’hier et d’aujourd’hui.



Espace culturel Victor Jara, Soignies

LE RêVE DES ICARES

Jacques Pyfferoen

L’Icare, quel que soit sa position dans la phrase, s’écrit avec Un aile majuscule et Un singulier nominatif renvoyant directement au mythe d’Ovide dans Les Métamorphoses, livre VIII, an sept ou huit de notre ère.
D’aucuns prétendent même que ce serait en l’an neuf, bon et après ?
Après, il faut attendre aux alentours de 1558 pour que Pierre Bruegel l’Ancien en donne une version picturale très controversée sur son authenticité d’époque. Et quatre cent-cinquante ans plus tard, les historiens de l’art s’accordent à peine sur sa signification symbolique.
L’orgueil ou la liberté.
La gravité terrestre ou la légèreté du vent.
L’obéissance aux conseils de Dédale ou la transgression de la loi patriarcale.
L’envie de voler trop haut et de se brûler les ailes.
De caresser le soleil du bout de ses rêves mal fagotés, par inadvertance, insouciance ou dérisoire croyance dans l’astre le plus convoité au monde et le plus craint.
Simple échappatoire géniale à la divine comédie humaine ou parthénogénèse syllabique
frémissante.
L’important, c’est la chute.
Infinie et souriante selon un poète, c’est une Muse qui me l’a dit.
Bon, et après ?
Le mythe de l’infinie puissance des hommes face à celle de la nature est tenace, enraciné profondément à la lave de la vie.
Nous sommes presque sept milliards d’Icares à gratter la mémoire de la terre et à vouloir s’en évader chaque jour, un peu plus.
Quête délicieusement improbable aux horizons de jouissances apaisantes.
Inlassablement, éternellement, les Icares de tous poils déminent leur cœur des brisures
entassées pêle-mêle en colifichets de bonheur au déroulé des années.
Eperdument, les hommes et les femmes se méta-morphosent en bafouille d’ex-voto chamanisant, spirituel ou agnostique.
L’hallucination se tient dans l’œil qui jargonne.
Le rêve se traduit en toutes les langues obscures et plonge dans l’écume des cendres estampillées made in live.
Les masques sont permanents et translucides.
Jacques Pyfferoen



Château fort, Ecaussinnes-Lalaing

MIROIR DE L'ABSENT

Patrick Guaffi

La métamorphose est langage et perception.

À la fois disparition et fracture permettant l’évolution d’un état à un autre, elle est liée au temps de l’être, au souvenir de l’avoir été et du deviendra.

Elle peut ainsi dans l’imaginaire lier passé-présent-futur, l’Autre et le nous.

Elle peut être peur du devenir potentiel, métaphore de l’être, évolution biologique.

Dans le château d’Ecaussinnes j'aimeraisi proposer, présenter des pièces pensées comme perceptions évolutives, non comme fractures. Des pièces qui prennent en compte les lieux, les modifications de leurs diverses représentations ainsi que les perceptions-émotions qu’ils ont incitées dans mon imaginaire.

Je pense évolution du lieu mémoriel passif en lieu actif par l’introduction "d’images-extérieures".
Comment représenter une existence autre dans un lieu stabilisé, devenu a-temporel puisque lieu mémoriel de pensées, de représentations de passés restructurés aux multiples sources devenues inertes ?

Dans ces lieux aux oublis, aux évanescences multiples peuvent apparaître des pièces d’ombre, d’intégrations aux discours d’oubli.

Quelles peuvent être ces ombres ? Des traces immatérielles, marques planes de volumes, des existences liées à la soustraction d’une valeur sensitive de l’espace et du temps, à savoir la lumière.
Ces traces peuvent être également métamorphoses ou mémoires incertaines d’éléments disparus.
Mais avant toute chose, ce sont des présences d’Absent.

Patrick Guaffi



Musée International du Carnaval et du Masque, Binche

MASQUES : ENTRE EUX ET NOUS

Coco Fronsac (F) - Collectif By-Product

Un couple d’un autre temps, posant en vêtements du dimanche, cliché noir et blanc, se transforme en êtres hybrides merveilleusement inquiétants. Une famille temporaire expose sa galerie si subrepticement frondeuse, si suavement anticonformiste. Et d’un flash, vous devenez objet du regard : d’un rien, vous voilà transformé, métamorphosé et immortalisé pour la postérité. Le parcours
initiatique vers le monde des masques passe aussi par la photographie… d’hier et d’aujourd’hui.
Mais parle-t-on bien de masque ? Réinterprétation dans un contexte improbable ou détail imperceptible qui chatouille l’œil.

Indubitablement, ni masque de carnaval ni accessoire d’un rituel ancestral. Plutôt un masque quotidien, inavouable, insaisissable, insoupçonnable, qui se matérialise tout à coup. La Femme-Corbeau laisse apparaître sa force contenue par une délicatesse feinte, dans un regard nostalgique jeté sur le passé. Une famille imaginaire affirme une différence à ce point discrète qu’elle en devient
une évidence criante. Laissons donc la parole aux artistes.