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ARTour
ARTour 2009

Se mettre au vert

La septième biennale s'est installée dans le paysage de la région du Centre et sur le territoire du Parc des Canaux et Châteaux, entre espaces urbains, vestiges post-industriels, patrimoine historique et vertes campagnes. L'expression "Se mettre au vert" était le fil conducteur de cette édition. Ici, un sujet à prendre aussi bien au pied de la lettre que de la couleur.

Pendant deux mois, la palette des verts s'est  déployée autour de projets construits au départ d'interprétations différentes, toutes en rapport avec cette teinte particulière, si présente dans la nature et tellement référencée dans la société actuelle.



ARTour proposait un ensemble d'expositions et de créations réalisées pour l'occasion en relation, plus ou moins étroite, avec cette couleur. Que ce soit dans une approche franchement colorimétrique, comme élément constitutif ou prégnant de l'œuvre ou, plus largement, au départ de références liées à son histoire, à sa symbolique, à sa codification : couleur de l'entre-deux, des créatures maléfiques, des Martiens, de la peur, vert du hasard, du destin, de la chance, de la jeunesse, teinte du printemps, de l'espérance du Paradis.

Objets verts, sculptures en verre ou, pourquoi pas ? en vair. Celle du petit-gris qui nous conduit aux arbres, à la végétation ; la connotation contemporaine du vert qui nous rapproche des préoccupations écologiques. Critique de nos rapports à l'environnement ou, œuvre au vert, en harmonie avec l'espace naturel dans lequel elle se produit.

Quoiqu'il en soit, chacune des propositions tentait de mettre en résonance les créations avec les espaces différents dans lesquels elles s'inscrivaient : dans l'évidence des salles blanches d'un musée, en intégration subtile dans les collections d'un château, la sérénité d'une chapelle, la quiétude d'une maison ancestrale ou sur des étangs entourés d'espaces verts.


Centre de la Gravure et de l'Image imprimée - La Louvière

Effeuillage

Pierre ALECHINSKY, Kenneth ALFRED, Pierre BURAGLIO, CONSTANT, Jean COTTON, Pierre COURTOIS, Kikie CRÊVECŒUR, Jean-Michel FOLON, Hubert GROOTECLAES, Pentii KASKIPURO, François-Xavier LALANNE, Jacques LENNEP, Philippe MAES, Gustave MARCHOUL, Muriel MOREAU, Tadayoshi NAKABAYASHI, Hiroko OKAMOTO, Jean-Pierre PINCEMIN, Christine RAVAUX, Françoise ROY, José Maria SICILIA, Dezider TOTH, Luc VAN MALDEREN, Bob VERSCHUEREN, Guy WERY, Thierry WESEL, Alain WINANCE, Maurice WYCKAERT

Le titre de l’exposition, Effeuillage, a été inspiré par l’opération Feuille à Feuille qui s’est déroulée dans le Nord de la France d’octobre 2006 à juin 2007. Ce vaste projet était piloté par l’Association des conservateurs des musées du Nord-Pas-de-Calais et le Centre de la Gravure y fut associé par sa participation active au colloque organisé par l’Université de Lille 3 autour d’un questionnement sur L’estampe, art multiple à la portée de tous ?

L’image de la feuille de papier démultipliée, éparpillée ou déclinée au gré de la fantaisie du graveur renvoie, certes, à l’idée d’oeuvre multiple, de tirage limité mais davantage encore au principe de travail sériel, de variation sur un thème, particulièrement répandu dans le monde de l’estampe contemporaine. Beaucoup plus prosaïquement, le terme effeuillage s’entend souvent comme synonyme de strip-tease ou s’emploie dans l’expression populaire qui l’associe volontiers à une marguerite. Qu’à cela ne tienne puisque nous l’appliquons à une manifestation estivale et ludique qui consiste à se mettre au vert, ouvrant des perspectives inédites ou pittoresques sur les collections conservées au Centre. Sachant qu’en viticulture, l’effeuillage s’efforce de débarrasser la vigne de ses feuilles sénescentes en vue d’en éclairer les grappes et de combattre l’apparition des maladies cryptogamiques, il apparait d’autant plus salutaire de mettre en lumière certaines pièces de la collection parfois oubliées depuis longtemps dans l’ombre protectrice des réserves précieuses. L’exposition organisée au Centre de la Gravure dans le cadre de la septième biennale ARTour prend donc un tour exploratoire résolument botanique.

Sujet iconographique universel, celui de l’arbre véhicule une symbolique de transcendance relativement évidente de même que celui du jardin renvoie à la notion de paradis terrestre. Le thème de l’arbre a été largement exploité par Jean-

Michel Folon, Muriel Moreau, Jean-Pierre Pincemin ou Alain Winance tandis que l’artiste français Kenneth Alfred a traité celui des jardins. Son ensemble Estampe. Jardin sous la pluie vient en hommage à Claude Debussy et à sa suite Estampe inspirée par la gravure sur bois japonaise, l’ukiyo-e, très en vogue à Paris dès la fin du XIXe siècle. Ce mouvement artistique qui a fortement influencé les peintres européens, et en particulier les impressionnistes, impliquait une philosophie de vie.

De fait, il semble qu’une certaine connivence avec la nature continue à déterminer l’art des graveurs japonais contemporains comme Hiroko Okamoto ou Tadayoshi Nakabayashi. Une semblable subtilité émane de la suite Hierbas réalisée par Françoise Roy, comme du frémissement herbacé des gravures sur bois de Gustave Marchoul.

Associé à la notion d’espoir, le vert véhicule son lot de chlorophylle et autres vitamines propres à dynamiser les esprits. Du vert pomme au vert prairie, il joue au politiquement correct alors que, conjugué sur le mode de la jalousie, de la peur ou de la rage, il confine au vert poison. Inexorable dilemme… La profusion florale, fatale émanation du vert, constitue une péripétie naturelle particulièrement spectaculaire. Elle a coutume, depuis toujours, de séduire les artistes par sa sensualité, comme, par exemple José Maria Sicilia ou Maurice Wyckaert.

En guise de conclusion, l’exposition Effeuillage tient véritablement de l’inventaire à la Prévert. On y rencontre pêle-mêle, des colchiques euphoriques, des gazons japonais, des champignons finlandais, des chants de cigales, un paphiopedilum légèrement pervers, des prés condrusiens et puis… un effeuillage !

Dominique Durinckx,
commissaire de l’exposition, mars 2009


 Photographie d'Alain Breyer

Musée Ianchelevici - La Louvière

Vert ? Vous avez dit vert ?

Anne DELFIEU (F), Stéphane Erouane DUMAS (F), Caroline LEGER, Andreas PYTLIK (D), Pierre TOBY, Cécile VANDRESSE, Hendrik VERMEULEN

Partant de la couleur verte et de ses multiples nuances, les travaux présentés au musée s’inspirent tantôt de l’idée de nature, tantôt de la valeur symbolique de cette couleur ou de sa perception.
Les plasticiens ont été invités à choisir une valeur chromatique dans l’infinie variété de verts et à lui donner sens à travers un matériau particulier ou sa figuration. La quinzaine de pièces réunies pour l’occasion participent toutes de ce type d’approche autant physique que mentale.

Les déclinaisons de verts telles que nous les offre la nature sont largement exploitées par Caroline Léger et Anne Delfieu. La première allie au sein d’une création originale le textile et la fibre à de jeunes pousses dont la germination, l’éclosion et in fine, l’assèchement, témoignent de la fragilité du vivant. Anne Delfieu présente quant à elle une installation de branchages et de cendres. Plus loin, à mi-chemin entre règne végétal et minéral, des formes ovales issues d’alliages de cartons pétrifiés par une suite de manipulations, offrent de jolies couleurs vertes comme autant de galets moussus chariés par les eaux. De paysages, il est question dans la proposition de Hendrik Vermeulen. De grands dessins marouflés à même la cimaise exploitent la richesses des strates géologiques et des gisements sous-terrains en des fluorescences sibyllines. Si Cécile Vandresse et Stéphane Erouane Dumas proposent tous deux des motifs de nature, leurs approches diffèrent en tous points. Le graphisme en noir et blanc, épuré et inspiré de l’architecture des végétaux de la première, contraste avec le foisonnement des frondaisons peintes par le second.Enfin, Andreas Pytlik a fait de la couleur verte la principale caractéristique de son travail. L’artiste allemand appréhende cette tonalité dans ses dimensions symboliques, sociologiques et psychologiques, ici au sein d’une vidéo et d’une installation mêlant, comme à son habitude, des objets quotidiens peints en verts et des photographies. Quant à Pierre Toby, il travaille avant tout la perception de la couleur, ici en lien étroit avec l’architecture des lieux. De grandes plaques de verre monochromes vertes modifient la nature de l’espace qui lui est dévolu.

Valérie Formery, Conservatrice


Photographie d'Alain Breyer

Brasserie Saint-Feuillien - Le Rœulx

Regard des couleurs

Noël Drieghe

Dans mon travail, je recherche l’équilibre entre la proportion, la forme, la couleur et les dimensions.
L’exécution est simple, mais penser, essayer, évaluer et regarder demande beaucoup d’énergie.
J’utilise les proportions du « Nombre d’Or ». On les retrouve notamment dans la « Suite des nombres » de Fibonacci. Dans cette série, chaque nombre est égal à la somme des deux précédents et la relation entre deux nombres successifs est celle du Nombre d’Or.

La cour intérieure

Pour apporter dans la cour intérieure une couleur complémentaire qui soit surprenante mais aussi neutre, non intrusive, presque évidente, j’ai opté pour le placement de deux piliers d’une section de 30x30cm et de trois mètres de haut. Sur ceux-ci, j’ai ajouté des bandes de couleur verticales. Sur le premier pilier, les arêtes sont peintes en noir et les bandes médianes en blanc. Sur le second pilier, les arêtes sont peintes en gris et les bandes médianes sur chacun des quatre côtés, successivement en vert, bleu, rouge et jaune.

Les façades extérieures

Je prévois trois peintures dans les niches des fenêtres au premier étage : une à gauche du panneau publicitaire sur la façade à gauche de l’entrée; une à gauche et une à droite de la fenêtre vitrée sur la façade à droite de l’entrée.

Les trois peintures sont constituées de trois bandes verticales colorées, de largeur égale, en concordance avec la répartition des fenêtres vitrées.

N.D

Photographie d'Alain Breyer

Ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu 

Néo-futurisme ou La machi-ne-rie-verte

Une série de propositions critiques pour faire en sorte que la machine rie vert. Clin d’oeil au mouvement futuriste qui exaltait le monde moderne et, particulièrement, la civilisation urbaine, les machines, la vitesse, le néofuturisme prône le doute, le ralenti et la fonte.

Dans une proposition vidéo, un escargot combat l’aiguille des secondes d’une horloge. Deux peintures se racontent « naturel architecture » et « épilation laser définitive ». Construites sur le modèle de planches de BD, elles soulignent l’espace inter-iconique, lieu de doute et espace de liberté du « créateur ». Des maquettes d’avions de guerre sont montées contre leur mode d’emploi...
Par ailleurs, le néofuturisme s’articule autour de questions : Le phallus guerrier se capotera-t-il ? Devrons-nous faire tirer le Concorde par un cheval de trait ? Nos voisins verts sont-ils extra-terrestres ? Continuerons-nous de manger d’étranges bombes à retardement ? La pomme de terre produira-t-elle assez d’énergie pour alimenter nos foyers en électricité ? Le nucléaire,
contre ou contre ?

D.M., mai 2009


Photographie d'Alain Breyer

Etangs de Strépy-Bracquegnies

Œuvres au vert…et à l'eau

Vincent Brodin (F), Grégory Carlier, Bruno Guihéneuf (F), Thomas Jodogne, Michel Leclercq (F), Didier Leemans, Aurore Vandember

L’expression « Se mettre au vert », proposée aux artistes comme fil conducteur de la septième biennale ARTour, nous a conduits vers des espaces qui répondent… naturellement à cette proposition. Trois sites voisins ont été investis à Strépy-Bracquegnies : les étangs de Strépy, lieu de détente particulier où mettre les oeuvres au vert, la ferme Delsamme, reconvertie dans la culture bio et la maison Saint-Vincent dont l’origine témoigne de la longue histoire du village, un des premiers sites habités dans le Hainaut.

Ces espaces ont amené les artistes à imaginer des projets qui s’intègrent harmonieusement dans l’environnement ou qui sont inspirés par les préoccupations écologiques actuelles. Les étangs se prêtaient plus particulièrement à cette orientation, plans d’eau nés d’effondrements de terrain dûs aux activités humaines et où la nature a aujourd’hui repris sa place. Sept créations s’intègrent à ce site particulier. Des sculptures flottantes induisent différentes réflexions sur notre rapport à l’environnement. Vincent Brodin pose la question de la gestion des déchets, la figuration d’une déesse, la Tara verte, isolée sur un îlot-poubelle, nous scrute et semble vouloir nous mettre en garde. Grégory Carlier se réfère aux « Vanités », qui nous met face à notre condition de mortel et à celle, mortelle aussi, de la planète. Avec sa sculpture qui schématise une usine, ruine ou projet en devenir, Bruno Guihéneuf met en évidence la nécessité d’une industrie respectueuse de l’environnement. Thomas Jodogne a observé les lentilles qui colonisent l’un des étangs; d’un beau vert tendre, elles flottent à la surface, d’une légèreté sans conséquence apparente et pourtant à mieux y voir, leur multiplication étouffe la vie sous l’eau. À travers son installation, Michel Leclercq pose la question des effets du développement industriel et technologique sur l’écosystème de la planète, de notre illusion à croire que nous pouvons, sans risque, contrôler la nature dans son ensemble. La peuplade flottante de Didier Leemans, petits bonhommes se balançant au gré du vent, offre une vision plus sereine, portrait d’un peuple premier qui aurait gardé avec son environnement un lien étroit de respect. Enfin, Aurore Vandember s’attache à rendre la vibration sensible de la lumière, jeu de transparence et de diffraction qui baigne le monde; l’air et l’eau déploient leurs ondes pour célébrer la fragilité, l’éphémère passage qui nous concerne, le temps qui s’étire jusqu’à la possible brisure.
A la ferme Delsamme, Mario Ferretti présente une oeuvre en germination, sculpture monumentale qui intègre des légumes bio cultivés sur place, ainsi, l’installation croît pendant la durée de l’exposition, le cycle de l’eau (évaporation, précipitation) est symbolisé par un assemblage de formes et de matériaux : récipients divers, tuyauterie, bois sculpté.

La maison Saint-Vincent accueille deux installations différentes. Alain Verschueren revisite l’histoire du lieu en simulant des fouilles archéologiques qui auraient mis à jour un corps enfoui; rendue à la lumière, la dépouille se voit parée d’une végétation préservée à travers les siècles, une manière de traduire le cycle de la vie. C’est aux futurs possibles que Stephan Vee propose de s’intéresser, les cités de demain seront-elles à échelle humaine ? L’urbanisation de la planète peut-elle intégrer l’indispensable préservation de la nature ? Images tournoyantes, subliminales, son hypnotique invitent le visiteur à rêver de villes plus vertes.

Eric Claus


Photographie d'Alain Breyer

Ferme Delsamme - Strépy-Bracquegnies

Mario Ferretti

Germination

Inspiré en grande partie par la nature, Mario Ferretti place l’arbre au centre de sa réflexion tant poétique que scientifique.

L’artiste travaille les arbres, qu’il choisit pour leur forme, et c’est dans une relation de respect qu’il les sculpte avec le souci incontournable de toujours y conserver la vision de la forme d’origine. Il les démonte et les évide méticuleusement dans une exaltation intérieure : seul face à la force tranquille du végétal, Mario Ferretti oscille entre euphorie créatrice, concentration et patience. A l’instar de l’archéologue face à des vestiges, du chirurgien ou de l’anthropologue devant un squelette, le sculpteur offre la possibilité de remonter les arbres qu’il déconstruit grâce à la traçabilité : chaque fragment est minutieusement inventorié pour souligner son appartenance à une entité première, tel un puzzle : le geste mécanique et scientifique permet en outre de générer de nouvelles formes à partir des fragments obtenus. L’arbre échappe en quelque sorte à son cycle de vie pour trouver une existence nouvelle au sein d’une structure inédite qui prend forme entre les mains de l’artiste.

Le choix de cet artiste se justifie pleinement par la place que la nature occupe au sein de sa démarche artistique, inspirée par ses souvenirs d’enfance où se bousculent les cabanes dans les arbres et autres jeux dans les bois. Amoureux de la nature, il continue à magnifier l’arbre au sein de la création.
Pour « se mettre au vert », Mario Ferretti a travaillé sur l’idée de Germination. L’œuvre présentée à la ferme Delsamme est une structure poétique où s’associent différents composants qui ne présentaient pas de lien direct entre eux. Structure de la tour de métal qui charpente la composition tout en en faisant partie intégrante. Structuration de l’arbre lors de son démontage et enfin, à travers l’idée de fragmentation toujours présente, la mise en évidence par les emboîtements que chaque élément est un morceau d’une entité d’origine, qui s’insère dans une nouvelle structure : frêne tortueux, chêne brûlé qui, tourné vers la terre symbolise la fin du cycle de vie naturel bouclé au sein de la tour, pomme de terre en bois d’où germe un légume, et un carré de gazon sauvage. Semblable à un jardin suspendu, cet espace vert invite à une réflexion sur ce qui se passe sous la terre, dissimulé aux regards.

En harmonie avec le lieu qui l’accueille, la sculpture intègre des éléments issus de la culture biologique de la ferme. Comme en archéologie, l’interprétation n’est pas figée et la lecture n’est pas toujours unique. L’artiste propose plusieurs pistes qu’il balise sans ambiguïté. Comme le poète avec les mots, Mario Ferretti joue avec ses sculptures pour offrir au spectateur la liberté d’imagination.

Céline Christiaens


Photographie d'Alain Breyer

Maison Saint-Vincent - Strépy-Bracquegnies

Alain Verschueren

Renaissance mérovingienne ? Installation

Strépy-Bracquegnies se trouve dans une région riche en tombes mérovingiennes.
Il est permis de supposer que la maison Saint-Vincent se situe sur une ancienne nécropole.
Une des caves, la plus petite, a des dimensions humaines (2m x 0,8m) et n’est pas dallée, le sol y est en terre et il est possible que les fondations du bâtiment reprennent un plan bien plus ancien.
Des fouilles y ont été organisées à la fin du printemps 2009. Si un corps a été rapidement découvert, les premiers éléments ne permettent pas d’établir que celui-ci soit mérovingien, il pourrait être bien plus récent. Les fouilles ont été interrompues le temps de l’enquête.
Mais on ne réveille pas la mort sans que cela ait des conséquences : quelques graines enterrées avec le défunt affleurent grâce aux travaux et profitent de la lumière du chantier pour germer et croître.

A.V.

Rituel de transfert

L’installation se présente sous la forme d’une carte topographique divisée en vingt blocs séparés dépourvus de repères géographiques.

Au départ d’une confrontation verticale/horizontale, cette dispersion cubique significative d’une vision d’urbanisme nous fait traverser le bâtiment de l’entrée au jardin.

Au centre de l’installation, reliée par un câblage, une projection vidéo laisse percevoir une image de ce même cube en mouvement, d’où émanent des formes spatiales d’architecture.

Ces apparitions subliminales sont accompagnées d’un son très doux, comme pour nous bercer dans ce transfert d’énergie…


Renaissance mérovingienne ?

Alain Verschueren

Une installation qui interrogeait, curieusement, l'histoire du lieu.


Photographie d'Alain Breyer

Chapelle Saint-Julien - Boussoit

La légende de saint Julien

Marc Bis 

Priez pour lui…

Julien l’Hospitalier ne fut pas toujours « en odeur de sainteté ».
Pour rappel, ceci se dit du parfum suave de rose ou de lys censé émaner du corps intact d’un saint longtemps après son décès.

Cet aristocrate du IVe siècle ne connut guère la pauvreté, ni la souffrance, ni le martyre…
Il commit le pire crime qui soit au Moyen Age : occire ses père et mère ; par méprise, il est vrai… mais quand même.

Ce meurtre ne fut pas puni par la justice des hommes…
Sa légende semble être un emprunt direct au mythe d’Œdipe.
Son existence même fut contestée d’autant que ses attributs et son imagerie (un chasseur face à un cerf miraculeux) semblaient trop proches de ceux d’un autre saint très populaire en nos contrées : saint Hubert.

Faut-il que Julien ait été hospitalier pour que le petit peuple, particulièrement les couvreurs, les charpentiers, les voyageurs, les pèlerins en quête de gîte et de couvert, continue de le louer.
De quoi nous intriguer, nous motiver et tenter d’aimer ce curieux personnage.

La légende de saint Julien

Marc Bis, pour le texte, s’inspire de celui de Gustave Flaubert publié en 1877.
Pour les images, comme à son habitude, l’artiste détourne, en silhouettes noires sur fond coloré, citation des techniques populaires du papier découpé, des personnages empruntés à l’iconographie de l’histoire de l’art ou à l’actualité récente.

Jean-Pierre Denefve

 

Photographie d'Alain Breyer

Jardin d'hiver du Domaine de Mariemont - Morlanwelz

Free Us

Collectif Hell'O Monsters - Blastus : Jérôme Meynen / Desro : François Dieltiens / Ewing 33 : Grégory Van Cleemput / Tatone: Antoine Detaille

En introduction à son Livre des Êtres imaginaires, Borges écrit qu’un "monstre n’est pas autre chose qu’une combinaison d’éléments d’êtres réels et que les possibilités de l’art combinatoire frisent l’infini." Quelques lignes auparavant, il avait relevé que lorsque l’on amène pour la première fois un enfant au jardin zoologique, celui-ci "voit pour la première fois la multitude effrénée du royaume animal et le spectacle, qui pourrait l’alarmer ou l’horrifier, lui plaît."

Ces deux observations, pourtant formulées au détour d’un texte anodin, s’avèrent deux lucarnes bien pratiques pour approcher l’univers formel du collectif Hell’O Monsters : un univers fait de monstres colorés, qui se forment et se reforment, au gré des aventures qu’ils connaissent. En effet, les monstres de Hell’O Monsters n’échappent pas aux remarques de l’écrivain argentin. Et c’est justement parce qu’ils sont constitués d’éléments bien reconnaissables qu’ils nous perturbent à ce point. A la fois semblables et si différents de nous-mêmes, leurs créatures donnent corps à nos fantasmes, même sur un mode aussi ludique et mordant que celui adopté par ces artistes.

En phase avec leur époque, les Hell’O Monsters ont très bien compris qu’aujourd’hui les monstres s’apprivoisent, sont devenus gentils, jouent même avec les tout-petits, font des clins d’oeil à la télévision, voire habitent sur Internet. Comme tous leurs frères et cousins même fort éloignés, leurs créatures ne sont jamais passives, elles vivent des aventures que les artistes condensent dans ces "instants prégnants", pour reprendre l’expression de Lessing, qu’est chacune de leurs réalisations. Les cadres narratifs sont précis et riches ; celui du jardin d’hiver du domaine de Mariemont en est un. Son architecture délibérément fermée invite à leur ouvrir la porte et à les laisser courir librement. Libération métaphorique qui est d’abord la nôtre.

Car ces êtres imaginaires, nés des fins traits et de la fantaisie graphique de ces quatre artistes, n’échappent pas à la horde de leurs prédécesseurs. Comme tous leurs ancêtres, ils cristallisent les peurs et les désirs des hommes qui les ont fait naître. Ces peurs et désirs mêlés que les enfants ressentent si intensément devant les choses du vaste monde qu’ils découvrent en permanence. Les Hell’O Monsters n’ont d’ailleurs jamais perdu le fil de cet émerveillement créateur de l’enfance. Et leurs créatures se proposent d’abord de "nous apprendre à les regarder en face et ainsi, en s’y confrontant, à oser vivre et rêver en toute liberté."

Pierre-Olivier Rollin
Chef du secteur des arts plastiques de la Province de Hainaut / B.P.S.22, commissaire du projet


Photographie d'Alain Breyer

Château fort - Ecaussinnes-Lalaing

[ver] Vers – ver – verre – vair – vers …green…

Isabel Almeida, Philippe Baran, Marc Bis, Georges Briquet, Camille De Taye, Francis Feidler, Bernard Gilbert, Edmond Jamar, Michel Jamsin, Alexandre-Louis Martin, Patrick Merckaert, Jef Lambeaux, Marianne Ponlot, Andreas Pytlik (D), Jean-Pierre Ransonnet, William Sweetlove, Thierry Tillier, Marc Vandemeulebroek

Pochade

Il nous en a conté de vertes, Charles Perrault ! Ils ne sont pas piqués des vers ses ogres, ses marâtres, ses pères incestueux ! Mais je préfère sa prose élégante aux vers de mirliton. En ses vertes années ma petite-fille Léa avait un faible pour cette canaille de Chat Botté et pour Cendrillon. La pantoufle de vair de celle-ci, par la faute de l’homonymie, a donné le feu vert à Walt Disney pour transmuer en verre le petit-gris originel. S’offusquer de cette bévue serait péter dans un verre de lampe !

On ne prend pas sans vert le Prince Charmant. Il n’est pas du genre à se noyer dans un verre d’eau ni à y déchaîner une tempête. La jolie demoiselle avait disparu et il ne lui restait dans la main que la fameuse pantoufle. C’était maigre, même si cette mignonne pointure lui inspirait des pensées quelque peu érotiques.

Il résolut donc de retrouver la belle fugitive et de courir au plus vite vers elle. Il offrit à boire à quelques badauds et lorsque tous eurent un verre, qui sur l’oreille, qui dans le nez, les vers leur sortirent tout naturellement du nez, sans qu’il eût besoin de les en tirer.

Cendrillon avait été mise au vert par ses méchantes soeurs et languissait dans un lointain verger qu’elle avait gagné sans tambour ni trompette, sans carrosse et même sans citrouille, à cloche-pied s’il faut tout dire. Dans l’odeur entêtante du foin vert, il lui fallait compter les vers de terre, vermisseaux et autres vers-coquins, sous prétexte qu’elle avait les doigts verts. Vraiment, elle en voyait des vertes et des pas mûres ! La pauvrette avait les joues vermeilles comme si elle les eût passées au papier de verre et se lamentait. Son fragile bonheur s’était brisé comme verre au douzième coup de minuit. Adieu, robe aux tons précieux : vert émeraude, vert jade, vert amande, vert d’eau, vert Nil, vert céladon, vert Véronèse et même vert bouteille ! Adieu le beau prince, ce jour hors de sa portée, comme les raisins verts du bon La Fontaine. Adieu le tas de billets verts qu’il portait sans doute dans les fontes de sa selle. Voterait-elle vert aux prochaines élections? Pas sûr car elle craignait une volée de bois vert de sa marâtre.

Mais tout-à-coup qui vient vers elle ? Le Prince Charmant, évidemment ! Souple comme un verre de lampe et monté sur un fougueux destrier ou sur une vespa, c’est plus moderne et plus rapide. Mets tes petits souliers, chérie, et filons !

Après les baisers d’usage et un madrigal un peu vert du Prince qui était charmant mais mal embouché, ils se marièrent et s’installèrent au dernier étage d’une grande tour de verre. De ce perchoir ils regardent au loin vers l’avenir. Hélas, sur ce lointain rivage l’herbe n’est pas plus verte qu’ici et maintenant ! Ils se demandent donc si c’est vraiment très utile de faire beaucoup d’enfants sur cette planète, selon la vieille recette de la bête à deux dos ou « in vitro », comme s’y ingénient les acharnés de la reproduction à tout prix.

Marcelle Dumont


Photographie d'Alain Breyer