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ARTour
ARTour 2003

Le ventre de l’architecture

Pendant la période estivale, la quatrième biennale ARTour- Art contemporain et Patrimoine est l'occasion de découvrir un ensemble d'œuvres contemporaines intégrées dans des lieux remarquables de la région du Centre. Le parcours entre les sites permet également d'apprécier différents aspects de la région du Centre et la diversité de son patrimoine à travers deux circuits, l'un axé sur les voies d'eau, l'autre sur les parcs et châteaux.

Les expositions ou les installations conçues spécialement pour les différents sites sont proposées en correspondance avec le caractère propre à chacun des lieux. A partir du thème générique Le Ventre de l'Architecture les artistes abordent les rapports entre les arts plastiques, le corps et l'architecture.

Construction ou déconstruction de formes, dialogue entre nature et architecture, entre l'architecture et le corps, maquettes improbables, villes rêvées, ouvrages d'art investis par l'imaginaire d'artistes contemporains composent cette quatrième biennale, ARTour - Art contemporain et Patrimoine.


Musée Ianchelevici - La Louvière

Philippe De Gobert

Philippe De Gobert propose un travail en deux temps. Il imagine tout d’abord un lieu, puis le construit à l’échelle d’une maquette. Elaborés avec des matériaux utilisés dans la construction ; le bois, le plâtre, la poussière, mais aussi le papier ou de petits objets choisis pour ce qu’ils évoquent, à leur échelle, ces modèles réduits sont une mise en œuvre de la réalité, fruit d’une patiente observation des choses.
A cette phase de construction en succède une seconde : la photographie de la maquette, en studio, selon des techniques d’éclairage complexes proches de celles du cinéma.
Au sein de l’exposition, les images photographiques de grand format sont délibérément isolées des maquettes qui leur ont servi de modèle afin d’éviter toute interférence de perception.
Bien qu’indissociables sur le plan technique, maquettes et tirages photographiques sont perçus comme des expériences indépendantes. Ils se rejoignent cependant dans le climat poétique que l’artiste insuffle à chacun.

Bodys Isek / Kingelez (RDC)

Parmi tous les artistes africains présents sur la scène internationale, le congolais Bodys Isek Kingelez est sans doute une des figures emblématiques. Il vit à Kinshasa, grande métropole de l’Afrique Centrale. Une ville étendue, chaotique, anarchique et bruyante qui ne laisse pas Kingelez insensible. Il trouve dans ce contexte le terrain qui convient à son épanouissement et s’investit dans un engagement esthétique, politique, poétique, questionnant la condition humaine.
Il vit et travaille en plein cœur de la ville, dans une parcelle, entourée d’un haut mur qui ne laisse rien paraître des activités "Bodysiennes". C’est là que nous nous sommes rencontrés en 1987. Ses "architectures" dans lesquelles apparaissent des caractéristiques de l’architecture européenne, américaine, asiatique, semblent sortir des cabinets d’architectes internationaux alors même que Kingelez jusqu’en 1989 n’avait jamais quitté Kinshasa. Il précise qu’il a toujours travaillé "hors de la mémoire et des références".
Les souvenirs de Kingelez sont peut-être simplement ceux d’un voyageur de l’âme, confiant dans la grandeur de l’homme, évitant le poids de l’histoire. Souvenirs qui nous transportent vers un pouvoir, un absolu, une vérité…portés par le goût d’une culture humaniste et encyclopédiste.

André Magnin


Cantine des Italiens - Sites touristiques du Canal historique du Centre - Houdeng-Gœgnies

Philippe Le Docte

Mon travail actuel en atelier est une recherche qui prend comme point de départ le métal. Celui-ci entre en contact avec d’autres composants tels que l’huile, le sel, l’eau,…La confrontation de ces matériaux parle de l’usure, de la résistance et de la dégradation de la matière dans le temps. Les espaces, contenants, peuvent être clos, scellés ; le phénomène en action n’est pas nécessairement visible.
Mon travail actuel sur un lieu déterminé tente de prendre en compte l’espace physique, historique et social de celui-ci.


Canal historique du Centre - Pont rouge - Houdeng-Gœgnies

Philippe Baran / Jean-Luc Brisy

Revenu du fond
D'un bord à l'autre
De la chaîne à la corde
Entre deux mondes...
Dormir sous les ponts
A l'abri des hommes et des pendus

Baran - Brisy


Canal historique du Centre - Piliers du pont de 100 m - Houdeng-Goegnies

Nathalie Joiris

L'inspiration créative de Nathalie Joiris s'appuie sur les éléments de la nature qu'elle n'a de cesse d'apprivoiser pour se pencher plus particulièrement sur l'arbre. Le bois est dès lors son matériau de prédilection : il est vivant ! Contrairement à la pierre qui est statique.
Que ce soit avec la pierre, le métal ou le bois, l'artiste est en quête d'équilibre : "tout est une question d'équilibre en sculpture". Son travail consiste à faire l'éloge de l'interdépendance entre l'homme et l'arbre "rare symbole vivant qui permet à l'être humain, aux quatre coins de la planète, de communiquer avec un langage similaire" souligne t-elle. Et d'ajouter "Par sa puissance de vie, de survie et d'adaptation au milieu, l'arbre me permet, sous le couvert de la métaphore, de parler de l'être humain…"

Artour 2003, Canal du Centre


Centre didactique des Techniques de l’Eau - Seneffe

Roby Comblain

De grandes formes noires repoussent l'épaisseur du blanc, l'entaille du lino est l'objet de l'œuvre, l'ombre de l'objet devient rêve de bâtisseur: un bout de bois se fait cathédrale, son dessin est une montagne. Roby Comblain construit des espaces immenses - alternance, respiration - fenêtre sur l'imaginaire, entre nuits d'encre et clarté intérieure. 

Artour 2003, Roby Comblain

Juan Paparella 

Quel bonheur que d'être rassuré, de trouver ses repères. C'est comme Luchino, mon enfant. Lui il me demande pourquoi

- Pourquoi?

Et je ne suis pas toujours capable de lui répondre. C'est un bonheur de ne pas être capable de répondre. C'est un bonheur de se situer dans ce terrain, ce terrain vague où l'on peut se permettre de se promener, sans se soucier de savoir quoi; simplement se promener.

Bernard Villers

La peinture à l’eau

Un bout de canal, magnifique, entre ville et château. J’y verrais bien flotter quelque radeau coloré. Sur la rive, une palissade qui pourrait faire penser à la structure d’une peinture de Piet Mondrian.
Et si le « Mondrian » devenait radeau ?

Sur l’eau
Un radeau ? Un ponton ? Ce quadrillage de planches peintes flottant sur ce bout de canal ? Ce treillis coloré pourrait faire penser aux toiles du dernier Mondrian, celui des années 40, lorsque le peintre hollandais renonce aux lignes noires séparant les surfaces blanches, grises et les jaunes, les rouges, les bleues.

Sur l’air
A deux pas, sur la rive, une structure en bois, construite là, sans doute, pour supporter une quelconque publicité. Elle semble avoir servi de modèle à l’esquif aperçu dans le bassin. Mais cette fois le blanc et les trois couleurs primaires apparaissent en « toile de fond », derrière la grille de bois. Et ici, on pense au Mondrian des années 20 ou 30 qui encadrait les surfaces peintes de lignes horizontales et verticales.
On pense, on pourrait penser à Mondrian, s’il n’y avait, derrière tout cela, ce vert, le vert des prés et des feuillages que l’artiste honnissait. C’est pourquoi je n’ai pas osé appeler cette dérive sur l’art et sur l’eau : « Mondrian à Seneffe ».

Bernard Villers. Avril 2003

Artour 2003, centre de l'eau Seneffe


Domaine du Château de Seneffe

Florence Fréson

L’art non comme expression de son ego, mais comme prolongement de la perception, comme enrichissement de la sensation comme générateur d’émotions, comme partage de la connaissance, comme révélateur de sens…
Le respect de la matière, la sobriété du geste, la simplicité de la proposition.

Thierry Bontridder

« ...Il y a beaucoup de ressemblances dans les sculptures de Thierry Bontridder : avec des courants, des mouvements liquides ou aériens, des croissances organiques, des structures cristallines, des pensées (obsessions, variations autour d’un thème axial), des sensations, des perceptions cénesthésiques (se retourner, se courber, se fléchir, planer, tourner sur soi, involuer).
Ces ressemblances ont pour objet des événements et ces événements sont toujours corporels (la pensée elle-même est corporelle, elle se perçoit sur le monde d’un mouvement dont seul le corps peut nous donner « idée »). Ce qui nous empêche de saisir d’emblée leur objet provient du caractère quelque peu désastreux de notre éducation culturelle. Tout ce qui n’est pas « figuratif » étant forcément « abstrait », la Culture a beau jeu de jeter au panier des abstractions tout ce qu’elle ne peut identifier à une image répertoriée.

Extrait de Thierry Bontridder, « Fragments d’infinis », Luc Richir, mai 1999.

Thierry et Valérie Teneul (F)

« Questionner notre rapport au monde et particulièrement notre rapport à la nature donne sens à nos recherches plastiques »
Depuis une quinzaine d’années, Thierry et Valérie Teneul réalisent des sculptures végétales. Le couple travaille essentiellement en extérieur. Au départ de bois récupéré auprès d’entreprises d’élagage, ces artistes conçoivent des intégrations sculpturales de grands formats en osmose avec le lieu et le paysage.
Le rapport d’échelle entre la sculpture et son environnement est au centre de leur préoccupation : une création semblera monumentale dans une salle d’exposition alors qu’elle apparaîtra minuscule dans l’immensité du paysage.
Leurs sculptures de type architecturale sont le plus souvent réalisées avec des branches entrelacées auxquelles les artistes impriment une forme spécifique, arche, voûte, dôme, écran,… Ils envisagent la notion de dehors-dedans en maîtrisant le rapport des masses et des formes autour desquelles le spectateur peut évoluer à moins que ce dernier ne puisse pénétrer dans un volume précis pour mieux se mesurer à la création.
Obstacles ou portes; barrières d’épineux ou espaces vides invitant à les traverser, les entrelacs de branches nous imposent un cheminement comme autant d’aimants aux charges positives ou négatives.

Artour 2003, Château de Seneffe


Musée Royal de Mariemont - Morlanwelz

Wim Delvoye

Wim Delvoye est né en 1965, il vit et travaille à Gand. L'artiste a gagné une reconnaissance internationale avec sa participation à différentes expositions importantes dont la Biennale de Venise en 1990, la Documenta IX en 1992 et à nouveau la Biennale de Venise en 1999.
Des bétonnières faites en bois et couvertes de décorations rococo, des tuyaux de sous-sol rouillés s’élevant sur des piédestaux en céramique finement peints, des peaux de porc tatouées, des bombonnes de gaz resplendissantes de motifs en faïence de porcelaine…Wim Delvoye joue avec les paradoxes et cherche, en partant de l’ironie, à créer des icônes.
Telle est la quête de cet artiste pour « échapper à l’absurdité » d’un monde où « un stylo-bille ressemble à un stylo-bille et une voiture ressemble à une voiture ». 

Candida Höfer (D)

"... Candida Höfer photographie l'espace. Le sujet unique et constant de son oeuvre, depuis la fin des années 1970, est l'espace produit par l'homme au travers de ses constructions et de sa façon de les habiter. Ce projet qui n'a rien de scientifique et pas même de systématique se construit au fur et à mesure, au gré des déplacements, des visites et des découvertes. L'artiste se place dans la position du spectateur, qui est aussi celle de l'usager. Son travail consiste à reconnaître dans le réel des compositions, des arrangements qui pré-existent à son intrusion et sur lesquels elle n'intervient pas. Photographiés le plus souvent dans un entre-deux de leur utilisation, les espaces intérieurs d'édifices publics ou semi-publics révèlent les ordres et désordres qui découlent de leur vocation communautaire..."

Extrait du catalogue édité à l'occasion de l'exposition Candida Höfer "6 Bourgeois X 12", produite et présentée par le Musée des Beaux-Arts et de la dentelle de Calais.

Artour 2003, Hofer


Château Fort - Ecaussinnes-Lalaing

Jacques Iezzi

Des granulats sont éparpillés au sol, ils dessinent un cône (cratère ou monticule) et un fragment de spirale, trace immédiatement repérable d’une mathématique de la nature.
Puis le moulage (coulage) intervient, cette capacité du béton à prendre une empreinte et d’en tirer par la suite un fac-similé.
Un moule est ainsi constitué, ses deux faces dont l’une se présente en creux, l’autre en relief, sont intimement liées, c’est la même empreinte, l’une étant le négatif ou le positif de l’autre et vice-versa.
Ces matrices sont assemblées et dégagent des volumes simples, cénotaphes ou forteresses, tantôt étuis, pages recto-verso, cylindres tronqués qui se dressent. Ils donnent a voir, comme à toucher, un sillon constitué de granulats mis à nu qui ronge la surface du volume initial.

Anne Jones

De ses études de biologie, Anne Jones conserve une connaissance et un respect de la nature ainsi qu’une façon de travailler rigoureuse et minutieuse.
L’artiste nous dévoile la beauté des matériaux et parvient à les transcender. D’emblée nous sommes saisis par l’harmonie et la sérénité qui se dégagent de ses oeuvres empreintes d’une monumentalité délicate. Anne Jones travaille avec un égal bonheur le monumental comme le minuscule, ses sculptures sont justes dans leurs proportions et le langage est identique. Elle aime tout autant investir des lieux fermés ou créer des oeuvres intégrées dans des espaces, qu’ils soient construits ou naturels.
L’artiste utilise et associe des formes architecturales et des pratiques plus primitives, par exemple en accumulant des écorces, des plaques d’ardoise ou des cailloux dans des cavités rectangulaires réservées dans des boîtes de plomb ou des rondins de bois.
Exigeante, Anne Jones ne laisse rien au hasard et la réflexion occupe une grande place dans ses sculptures. Elle n’hésite pas à utiliser toutes les techniques et outils nécessaires afin d’arriver à la forme, l’aspect, l’effet désirés.

Artour 2003, Ecaussines


Salle des Dominicains - Braine-le-Comte

Thomas Brenner (D)

"...Les "Photographies mises en scènes" de Thomas BRENNER proposent une dramatisation du traditionnel triple accord (passé, présent et futur) dans une synthèse nouvelle, une espèce de « synthèse rituelienne », que l’artiste fait voler en éclats de manière ironico-sarcastique.
BRENNER théâtralise des mystères dont il transpose les canons de temps et de lieu. Chacune de ses compositions incorpore subversivement des scènes d’un monde encore inexistant ou d’un retour du futur.
Dans sa pratique de l’image, l’artiste mêle différentes couches de combinaisons et de variations dans une simultanéité audacieusement frivole. Comme si tout n ‘était qu’une simple réalité acceptée comme telle parce qu’allant de soi, et non pas le produit d’une construction perfidieusement parfaite.
Pourtant, malgré les « scènes obliques » ajoutées, malgré une plénitude de détails pour le moins déconcertante et des techniques d’accentuation qui, parfois, font exploser les couleurs, les objets exposés (à l’exception des portraits de la "Ligne Maginot") se figent avec fascination et provocation dans un anonymat hyper rituel..."

Dr. Matthias BRÜCK

François Huon

De découpages en glissements, d’essais en réussites, de rigueur conceptuelle en applications empiriques, François Huon a développé un vocabulaire plastique dont la grande sobriété n’altère en rien la portée poétique, au contraire peut-être, elle contribue à son amplitude, au même titre que la maîtrise du praticien qui accompagne ses gestes lorsqu’il « exécute » au format définitivement fixe (60 cm x 60 cm) les esquisses de papiers découpés recueillies dans ses « livres ».
Au départ, le propos est pourtant simple, rigoureux, probablement froid : un carré en bois de soixante centimètres, uniformément noir.
Avatar épuré de la toile, découpe en deux d’une seule ligne. Ensuite, le foisonnement des possibilités qui ouvre un champ formel fécond : la liberté de la ligne, la combinaison infinie des deux sections découpées. Aujourd’hui, le carré noir a cédé à une structure de bois, celle qui aidait l’artiste à guider son geste de découpe. Aux « règles » qui régissaient les mesures du carré, s’ajoutent celles qui déterminent l’épaisseur des structures et leur jeu de concordance. La pratique artistique s’enrichissant de la découverte d’une « logique » mathématique propre.