ARTour 2017 - Collecte, collection, collectionneur : un monde à soi
ARTour 2017 - Collecte, collection, collectionneur : un monde à soi

ARTour 2017 - Collecte, collection, collectionneur : un monde à soi

Faisant écho à la célébration du centenaire du décès du grand collectionneur et mécène Raoul Warocqué (1870-1917), à l’origine des premières collections du Musée royal de Mariemont, la biennale ARTour propose d’interroger en 2017 les rapports entre les artistes contemporains et la notion de collection.
Onzième édition
25.06 > 10.09

À l’image de l’entreprise philanthropique de Raoul Warocqué, de nombreuses institutions culturelles existent grâce aux dons et legs de collectionneurs. Les collections d’œuvres sont souvent le reflet des passions et moyens des personnes qui les constituent. Ainsi Warocqué, l’un des hommes les plus riches de la Belgique du début du XXe siècle, avait réuni en son domaine de Mariemont une collection de collections : arbres, livres, porcelaines, artefacts de toutes les civilisations, curiosités…. Aujourd’hui, ce sont les banques, les grandes industries ou les entreprises du luxe qui se constituent des collections d’art contemporain.

Éclectiques ou monomaniaques, de nombreuses collections, par leur caractère systématique et complexe, nous obligent à nous interroger sur la volonté du collectionneur : s’agit-il encore de "faire œuvre" grâce aux œuvres d’autrui ? En rassemblant différentes éditions des œuvres et autographes de Victor Hugo ou de Félicien Rops, Raoul Warocqué n’avait-il pas pour ambition de s’approprier un peu de leur aura autant que de constituer un patrimoine ? A l’instar des cabinets d’amateur ou les cabinets de curiosité d’autrefois, la collection peut-elle être considérée comme une forme de création par procuration ? Le collectionneur serait-il une sorte d’artiste ? Se proclamant amateur, érudit ou expert, le collectionneur peut avoir des rapports parfois complexes et ambivalents avec les œuvres qu’il convoite et les artistes qu’il admire.
Mais qu’en est-il des liens qu’entretiennent les artistes contemporains avec l’idée même de "collection" ? Daniel Buren, qui déclarait l’incompatibilité de la création avec l'acte de collectionner (Collections d’artistes, 2001), vient de présenter, avec Daniel Buren, Une Fresque (2016), les travaux d’un ensemble d’artistes qui ont influencé son travail. Ce faisant, ne constitue-t-il pas une sorte collection, voire un "musée imaginaire" ?
Nombreux sont les artistes modernes qui disposaient d’une collection : Van Gogh et Monet (estampes japonaises), Picasso et Degas (des œuvres de leurs contemporains)… Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Les artistes sont-ils des collectionneurs comme les autres ? Sont-ce nécessairement des œuvres d’art qu’ils rassemblent ? Les collections constituées, à la faveur de rencontres ou d’échanges, traduisent-elles toujours une passion ou témoignent-elles d’un réseau ? La collection est-elle l’antichambre de l’art, comme le laisse entendre Annette Messager ? Voire un laboratoire et l’une des sources d’inspiration de l’œuvre ? Comment thèmes et motifs de la collection sont-ils traités dans leur travail ?
À l’instar de Marcel Broodthaers ou de Damien Hirst (et sa Murderne Collection), quel regard posent les artistes aujourd’hui sur les collections des institutions culturelles (qu’elles accueillent ou non leurs œuvres) ? Enfin, comme un pendant aux questions de la reproductibilité technique de l’œuvre d’art, si chères au grand penseur et collectionneur Walter Benjamin, quelle place pour les œuvres immatérielles (performances, installations, créations numériques…) et infiniment reproductibles dans les collections privées et les institutions culturelles ?

Sofiane Laghouati
Conservateur au Musée Royal de Mariemont, responsable de la Réserve précieuse de livres et d’autographes (1830 - Contemporain)